
Montjoie Saint Denis – Origine et Histoire du Cri de Guerre Royal
« Montjoie Saint-Denis ! » résonne dans l’histoire de France comme le cri de ralliement par excellence des chevaliers et des rois. Apparu au XIe siècle et officialisé au XIIe siècle sous le règne de Louis VI, ce cri militaire transcendait le simple ordre de bataille pour incarner la protection divine du saint patron du royaume, invoqué autour de la sacrée oriflamme de l’abbaye de Saint-Denis.
Longtemps attaché aux grandes heures de la monarchie capétienne, de la Première Croisade à Jeanne d’Arc, cet ancestral cri de guerre porte en lui des siècles de symbolisme guerrier et sacré. Comprendre son origine, sa signification et son évolution, c’est explorer un pan méconnu de l’identité nationale française.
Qu’est-ce que « Montjoie Saint-Denis » ?
« Montjoie Saint-Denis » constitue le cri de guerre traditionnel des souverains français et de leurs chevaliers. Contrairement à un simple mot d’ordre militaire, cette expression servait d’étendard sonore : elle appelait les hommes à se regrouper sous la protection de saint Denis, saint patron du royaume de France, autour de l’oriflamme, la bannière sacrée de l’abbaye de Saint-Denis.
Cri de guerre des rois de France et de leurs chevaliers, invoquant la protection de saint Denis au combat.
Abbaye de Saint-Denis ; popularisé au XIIe siècle sous Louis VI.
L’oriflamme, gonfanon rouge de l’abbaye de Saint-Denis, brandie comme relique sacrée au combat.
Moyen Âge, des premières mentions au Xe siècle jusqu’aux dernières utilisations au cœur du XVe siècle.
Ce cri dépassait largement la fonction tactique. Il servait à souder les cœurs, à exciter la vaillance et à placer l’armée toute entière sous la tutelle spirituelle de saint Denis. Les souverains français le faisaient sometimes inscrire directement sur l’oriflamme elle-même, avant d’aller au combat ou de procéder au sacre à Reims.
- L’oriflamme : gonfanon rouge à pointe de lance, propriété de l’abbaye de Saint-Denis, brandie comme signe sacré de ralliement.
- Saint Denis : premier évêque de Paris, martyrisé sur le mont lubies (Montmartre), devient le saint patron du royaume dès le cœur de la monarchie.
- Louis VI : autorise officiellement le cri comme cri officiel des chevaliers français vers la fin du XIIe siècle.
- La bannière de Saint-Denis : datée approximativement de 1160, elle marque l’ancrage visuel du cri dans l’iconographie royale.
- Variantes régionales : les ducs de Bourgogne criaient « Mont-Joie-Saint-André » sous leur croix ; les ducs de Bourbon « Mont-Joie-Notre-Dame ».
- Jeanne d’Arc : en 1429-1431, elle revendique le cri comme appartenant à la France, aux côtés de la bannière et de l’épée de France.
| Aspect | Détail |
|---|---|
| Étymologie | Montjoie : colline sacrée, monticule ou point de ralliement élevé près de Saint-Denis |
| Période | Moyen Âge (Xe – XVe siècle) |
| Symbole associé | Oriflamme rouge, gonfanon sacré de l’abbaye de Saint-Denis |
| Patron invoqué | Saint Denis, saint patron de France |
| Statut | Cri officiel des souverains capétiens |
Quelle est l’origine historique du cri « Montjoie Saint-Denis » ?
L’origine de cette expression guerrière remonte aux premiers siècles du Moyen Âge. Les historiens situent les premières mentions écrites du terme entre 997 et 998, dans des documents qui ne sont pas tous formellement attribués à ce jour. Il faudra toutefois attendre le XIe siècle pour voir l’expression prendre toute son envergure narrative.
Les mentions médiévales fondatrices
La Chanson de Roland, dans sa version du XIe siècle, emploie le cri pas moins de quatorze fois. L’œuvre le lie systématiquement à la bannière et à l’épée Joyeuse de Charlemagne, invoquant une protection surnaturelle au bénéfice des preux. Cette occurrence massive dans un texte littéraire majeur atteste déjà de l’ancrage profond de l’expression dans la culture chevaleresque de l’époque.
Une chanson de geste anonyme datée de 1160 met en scène Guillaume d’Orange, Charlemagne et Louis le Pieux, renforçant le lien entre le cri et l’épopée carolingienne. La bannière de Saint-Denis, dont l’existence est attestée vers 1160, constitue le symbole visuel concret associé à cette évolution.
Le Glossaire de la langue romane de J.B.B. Roquefort, publié en 1813, définit « montjoie » comme le cri de guerre des rois de France, le nom du roi d’armes et une petite montagne. Cette définition ancienne témoigne de la polysémie du terme et de son enracinement multiséculaire.
L’étymologie : plusieurs hypothèses
L’origine étymologique de « montjoie » fait l’objet de plusieurs hypothèses, aucune n’ayant été formellement retenue à ce jour. Selon le Petit dictionnaire de l’ancien français de Hilaire de Van Daele, le terme évoque le « comble, sommet, perfection ». Une corruption possible de Montjoux — désignant le « Mont de Jupiter » (montem Jovis) — invoquait initialement une protection divine païenne, christianisée par la suite.
D’autres pistes ont été proposées. L’hypothèse moult joie (beaucoup de joie) vise à exciter l’enthousiasme des troupes. Les racines franques mund (protection, défense) et gawi (territoire, pays) suggèrent une invocation à la protection du royaume. Ces différentes interprétations reflètent la richesse historique du terme, qui a traversé les époques et les influences culturelles.
Quelle est la signification de « Montjoie Saint-Denis » ?
La portée symbolique de ce cri dépasse largement la fonction militaire immédiate. Il incarne simultanément l’élan guerrier, le ralliement des troupes et l’appel à la foi avant le combat. Une chanson du XIIIe siècle précise qu’il « excite la joie et le courage » parmi les soldats, rappelant la dimension psychologique de ce mot d’ordre guerrier.
Un lien dynastique avec Saint-Denis
Dès le règne de Clovis au Ve siècle, l’association entre la monarchie française naissante et saint Denis est scellée. L’oriflamme, récupérée à l’abbaye de Saint-Denis avant chaque expédition militaire ou chaque sacre à Reims, constitue le prolongement matériel de cette alliance spirituelle. Les rois faisaient parfois’inscrire « Montjoie Saint-Denis » directement sur la bannière, renforçant l’indissociabilité du cri et du symbole.
L’oriflamme, gonfanon rouge à pointe de lance propriété de l’abbaye, était brandie au combat comme une authentique relique sacrée. Son simple déploiement suffisait à attirer les guerriers sous sa protection symbolique, créant un moment d’union collective avant l’affrontement.
Plusieurs familles nobles utilisaient leur propre version du cri. Les ducs de Bourgogne adoptaient « Mont-Joie-Saint-André » sous leur croix. Les ducs de Bourbon privilégiaient « Mont-Joie-Notre-Dame ». Les Anglais criaient « Mont-Joie-Notre-Dame-Saint-George », témoignant de la diffusion du modèle guerrier français à travers l’Europe médiévale.
Jeanne d’Arc et la transmission du cri national
Jeanne d’Arc, durant ses campagnes de 1429 à 1431, s’est explicitement référée à ce cri comme au « cri de France », l’associant à la bannière et à l’épée de France. Ce choix n’est pas anodin : la Pucelle puisait dans cet héritage monarchique pour légitimer sa mission divine et militaire, montrant que le cri avait traversé les siècles sans perdre sa puissance symbolique.
Dans quelles batailles a-t-on entendu « Montjoie Saint-Denis » ?
L’usage de ce cri de guerre traverse plusieurs siècles de conflits médiévaux, accompagnant les armées françaises dans leurs moments les plus décisifs. De la Première Croisade à la guerre de Cent Ans, il ponctue les grandes heures de l’histoire militaire française.
Les batailles majeures
La bataille de Bouvines, livrée en 1214 sous le règne de Philippe Auguste, compte parmi les affrontements les plus marquants où le cri résonna. Vaincre les Anglo-Flamands et l’empereur Othon IV sur ce champ de bataille permit à Philippe Auguste de consolider considérablement le pouvoir royal français.
À Azincourt, en 1415, les armées françaises utilisèrent encore le cri malgré la sanglante défaite face aux Anglais. Cette obstination à maintenir le mot d’ordre traditionnel, même dans l’adversité, témoigne de l’enracinement profond de la tradition.
La chronologie des apparitions
| Période | Événement clé |
|---|---|
| Premières mentions écrites du terme | |
| Chanson de Roland : 14 usages du cri, lié à la bannière de Charlemagne | |
| Bannière de Saint-Denis et chansons de geste sur Guillaume d’Orange | |
| Louis VI officialise le cri comme cri des chevaliers français | |
| Bataille de Bouvines sous Philippe Auguste | |
| Geoffroy de Villehardouin cite le cri dans ses Chroniques de la quatrième croisade | |
| Jean Froissart rapporte l’usage dans ses Chroniques | |
| Bataille d’Azincourt, derniers usages notables | |
| Jeanne d’Arc revendique le cri comme « cri de France » |
Ce que nous savons avec certitude et ce qui reste débattu
L’étude de ce cri de guerre bute sur la nature même des sources médiévales, souvent fragmentaires et sujettes à interprétation. Certaines données sont solidement établies, tandis que d’autres demeurent objet de débat among historiens.
| Faits établis | Débats historiographiques |
|---|---|
| L’association entre le cri et l’oriflamme est documentée par les chroniques. | La date précise d’officialisation du cri par Louis VI fait l’objet de discussions. |
| Le terme « montjoie » désignait un monticule ou point de ralliement élevé. | L’interprétation étymologique (montjoie vs. moult joie vs. montem Jovis) n’est pas tranchée. |
| Les ducs de Bourgogne et de Bourbon utilisaient des variantes du cri. | L’influence précise de Charlemagne sur le symbolisme du cri reste à préciser. |
| Jeanne d’Arc l’a explicitement revendiqué comme symbole national. | L’usage réel du cri au combat (vs. son usage cérémoniel) est difficile à vérifier. |
Les premières mentions écrites datées de 997-998 ne sont pas toutes formellement attribuées par les historiens. De même, les chroniques de Villehardouin et de Froissart, bien que précieuses, ne permettent pas toujours de distinguer l’usage réel du cri de son évocation littéraire. Pour en savoir plus sur les origines et l’histoire du cri de guerre royal français, consultez cette analyse connexe de reportjournal.ch – Analyse connexe de.
Le cri de guerre dans le contexte de la monarchie française
Le cri « Montjoie Saint-Denis » s’inscrit dans un système plus large de légitimation monarchique. La monarchie capétienne, de Clovis à la monarchie absolue, a entretenu un lien indéfectible avec l’abbaye de Saint-Denis, lieu d’inhumation des rois de France. L’oriflamme récupérée avant chaque campagne militaire symbolisait ce pacte entre le temporel et le spirituel.
Cette tradition guerrière ne se limitait pas à la France. Le modèle français s’est propagé à travers l’Europe médiévale, inspirant des cris analogues chez les voisins. Cette diffusion témoigne de l’influence culturelle du royaume de France durant les siècles médiévaux, où le cri devenait un élément de soft power avant l’heure.
Avec la centralisation progressive du pouvoir royal et la fin des grandes chevauchées féodales, l’usage du cri a graduellement décliné après 1453. La tradition s’est maintenue de manière plus cérémonielle qu’opérationnelle, jusqu’à tomber dans un oubli relatif que seule l’histoire académique a préservé jusqu’à nos jours.
Principales sources et témoignages
« Montjoie Saint-Denis » dans la Chanson de Roland (XIe siècle) : le cri ponctue quatorze fois le récit épique, toujours lié à la bannière et à l’épée de Charlemagne, invoquant une protection surnaturelle au bénéfice des preux.
— Chanson de Roland, version du XIe siècle
Geoffroy de Villehardouin cite le cri dans ses Chroniques de la quatrième croisade, montrant que l’expression accompagnait les armées françaises bien au-delà des frontières du royaume.
— Geoffroy de Villehardouin, Chroniques, XIIIe siècle
Jeanne d’Arc évoque le cri comme le « cri de France », l’associant à la bannière et à l’épée de France durant ses campagnes de libération du royaume (1429-1431).
— Témoignages des contemporains de Jeanne d’Arc
En résumé
« Montjoie Saint-Denis » représente bien plus qu’un simple cri de guerre médiéval. C’est un condensé d’identité nationale, une expression où se mêlent foi, ralliement et symbolisme monarchique. De ses origines probables au Xe siècle à sa dernière utilisation notable à Azincourt, ce mot d’ordre a accompagné les heures majeures de la monarchie française, de la bannière de Saint-Denis aux campagnes de Jeanne d’Arc. Son héritage, bien que moins célébré que d’autres symboles nationaux, demeure un témoin précieux de la culture guerrière du Moyen Âge français. L’abbaye de Saint-Denis conserve d’ailleurs encore aujourd’hui les traces de cette tradition unique, consultables pour quiconque souhaite plonger au cœur de cette période fondatrice de l’identité française.
Foire Aux Questions
Quand le cri « Montjoie Saint-Denis » est-il apparu ?
Les premières mentions écrites datent de 997-998. L’expression se popularise véritablement au XIe siècle, notamment dans la Chanson de Roland, et devient cri officiel sous Louis VI à la fin du XIIe siècle.
Que signifie « montjoie » étymologiquement ?
Le terme désigne probablement un monticule, une colline ou un point de ralliement élevé utilisé comme repère dans les batailles. Les historiens proposent également les sens de « comble, sommet, perfection » ou une possible corruption de Montjoux (Mont de Jupiter).
Qu’est-ce que l’oriflamme ?
L’oriflamme est le gonfanon rouge à pointe de lance propriété de l’abbaye de Saint-Denis. Elle était brandie au combat comme une relique sacrée et récupérée par les rois avant chaque campagne militaire ou chaque sacre à Reims.
Pourquoi ce cri était-il lié à saint Denis ?
Saint Denis, martyrisé à Montmartre, est le premier évêque de Paris et le saint patron du royaume de France depuis Clovis au Ve siècle. L’invoquer au combat revenait à placer l’armée sous la protection divine du protecteur du royaume.
Combien de fois le cri apparaît-il dans la Chanson de Roland ?
Le cri est utilisé quatorze fois dans la version du XIe siècle de la Chanson de Roland, toujours en lien avec la bannière et l’épée Joyeuse de Charlemagne.
Quand le cri a-t-il cessé d’être utilisé ?
L’usage opérationnel du cri décline après 1453 avec la centralisation royale et la fin des grandes chevauchées féodales. Les derniers usages notables datent de la bataille d’Azincourt (1415) et des campagnes de Jeanne d’Arc (1429-1431).
D’autres pays utilisaient-ils un cri similaire ?
Oui. Les ducs de Bourgogne criaient « Mont-Joie-Saint-André », les ducs de Bourbon « Mont-Joie-Notre-Dame », et les Anglais « Mont-Joie-Notre-Dame-Saint-George ». Le modèle français s’est propagé à travers l’Europe médiévale.